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Déclaration du président exécutif de l'Association Mondiale pour le Développement à l'occasion de la Journée africaine des droits de l'homme et des peuples

Déclaration du président exécutif de l'Association Mondiale pour le Développement ( AMD)  à l'occasion de la Journée africaine des droits de l'homme et des peuples

Des droits reconnus aux droits effectivement vécus

Quarante années se sont écoulées depuis l’entrée en vigueur de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.

Cet anniversaire constitue davantage qu’un repère historique. Il offre l’occasion de mesurer le chemin parcouru depuis que le continent s’est doté d’un instrument propre affirmant la dignité de la personne, les libertés fondamentales, l’égalité, les droits des peuples et leur droit au développement.

La Charte porte une conception particulièrement importante pour notre époque : les droits civils et politiques ne peuvent être séparés des droits économiques, sociaux et culturels, et le développement lui-même constitue un droit des peuples. Elle reconnaît également leur droit à la paix, à la sécurité et à un environnement favorable à leur développement.

Cette vision demeure profondément actuelle.

Car la dignité ne se construit pas uniquement par la reconnaissance des libertés. Elle suppose également la possibilité de se nourrir, de se soigner, d’apprendre, de travailler, d’accéder à la justice, de participer aux décisions et de vivre dans un environnement permettant à chacun de développer ses capacités.

Les droits humains prennent toute leur valeur lorsqu’ils deviennent des réalités accessibles dans la vie quotidienne.

C’est précisément là que se situe aujourd’hui l’un des défis majeurs.

L’existence de constitutions, de lois, d’institutions et de mécanismes de protection représente un progrès indispensable. Mais la force d’un droit ne peut être appréciée uniquement à son inscription dans un texte. Elle se mesure également à la capacité d’une personne à le faire respecter.

Un citoyen doit pouvoir saisir une institution et obtenir une réponse. Une femme doit pouvoir exercer ses droits sans subir de discrimination. Un enfant doit pouvoir accéder à l’éducation. Une personne vulnérable doit pouvoir bénéficier d’une protection effective. Une communauté doit pouvoir participer aux décisions concernant ses ressources et son avenir.

Lorsque ces possibilités restent inégalement accessibles, une distance demeure entre le droit proclamé et le droit vécu.

Cette distance fragilise les personnes. Elle fragilise également les institutions.

Une société dans laquelle une partie de la population ne parvient pas à faire valoir ses droits voit s’affaiblir la confiance, la participation citoyenne et le sentiment d’appartenance à un ordre commun.

L’effectivité des droits humains constitue ainsi une condition de stabilité, de confiance et de développement durable.

Cette relation entre droits et développement doit être pleinement assumée.

Le développement ne peut être réduit à la croissance économique, à la construction d’infrastructures ou à l’augmentation des investissements. Ces progrès sont nécessaires, mais ils prennent toute leur valeur lorsqu’ils élargissent effectivement les possibilités offertes aux populations.

Une école contribue au développement lorsque tous les enfants peuvent réellement y accéder. Un système de santé remplit sa fonction lorsque les soins sont accessibles sans discrimination.

Une politique économique produit un progrès plus juste lorsqu’elle permet aux populations de bénéficier des richesses créées. Une administration renforce le développement lorsqu’elle traite les citoyens avec équité, transparence et respect.

La Charte africaine elle-même établit ce lien en reconnaissant aux peuples le droit à leur développement économique, social et culturel et en faisant obligation aux États d’en assurer l’exercice.

Cette disposition nous rappelle une responsabilité fondamentale.

Le développement ne doit pas être seulement réalisé pour les populations ; il doit pouvoir être construit avec elles et produire des droits qu’elles peuvent effectivement exercer.

Cela suppose une participation réelle.

Les populations doivent pouvoir être informées, exprimer leurs besoins, contribuer aux décisions et demander des comptes lorsque des engagements ne sont pas respectés. Cela suppose également des institutions accessibles.

La justice, les institutions nationales de protection des droits, les administrations publiques et les mécanismes de recours doivent pouvoir être connus, compris et utilisés par les citoyens, y compris ceux qui vivent loin des centres administratifs ou disposent de ressources limitées.

L’accès aux droits ne peut dépendre du lieu de résidence, du niveau de revenu, du sexe, de l’âge ou de la capacité d’une personne à comprendre des procédures complexes. Cette exigence concerne également les nouvelles transformations de nos sociétés.

La numérisation des services, l’utilisation croissante des données et le développement de l’intelligence artificielle peuvent améliorer l’accès à l’information et à certains services.

Mais ces évolutions doivent être accompagnées de garanties suffisantes afin que l’innovation ne produise pas de nouvelles formes d’exclusion, de discrimination ou d’atteinte à la vie privée.

Les droits humains doivent progresser avec les sociétés qu’ils ont vocation à protéger.

Cette responsabilité engage l’ensemble des acteurs du développement. Les États doivent assurer l’application effective des droits qu’ils ont reconnus et renforcer les institutions chargées de les protéger.

Les collectivités publiques doivent rapprocher les services des populations. Les acteurs économiques doivent intégrer le respect des droits dans leurs pratiques et dans les conséquences de leurs activités.

Les organisations de la société civile doivent pouvoir jouer pleinement leur rôle d’information, d’accompagnement et de vigilance. Les partenaires internationaux doivent enfin soutenir des institutions durables plutôt que des réponses qui disparaissent avec la fin d’un programme.

Aucune politique de développement ne devrait être considérée comme pleinement réussie si elle améliore les indicateurs sans renforcer parallèlement les droits, les possibilités et la dignité des populations.

Quarante ans après l’entrée en vigueur de la Charte africaine, notre responsabilité collective n’est donc plus seulement de réaffirmer les principes qu’elle porte.

Elle est d’en approfondir l’effectivité.

Cela signifie réduire les obstacles à la justice, lutter contre les discriminations, protéger les libertés, élargir la participation publique, garantir l’accès aux services essentiels et permettre aux peuples de prendre une part réelle aux décisions qui orientent leur développement.

Pour l’Association Mondiale pour le Développement, la protection des droits humains et le développement durable appartiennent à une même ambition.

L’une donne au développement sa finalité. L’autre crée les conditions permettant aux droits de devenir des réalités durables.

Le véritable héritage de la Charte africaine se mesurera donc moins au nombre d’années écoulées depuis son entrée en vigueur qu’à la place que ses droits occupent dans la vie quotidienne des peuples.

Faire progresser les droits humains, c’est donner à chaque personne davantage de liberté pour construire son avenir et à chaque communauté davantage de capacité pour participer à son propre développement.

 

Journée africaine des droits de l’homme et des peuples
21 octobre 2026

Président exécutif

Hugues B. GNIMADI

Association Mondiale pour le Développement — AMD
Œuvrons pour le développement durable des peuples et des communautés