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Logement, services essentiels et résilience : les conditions d’une sortie durable de la pauvreté

Logement, services essentiels et résilience : les conditions d’une sortie durable de la pauvreté

La pauvreté s’enracine lorsque les ménages doivent affronter simultanément un logement précaire, des services essentiels insuffisants et des crises auxquelles ils ont peu de moyens de résister. Améliorer durablement les conditions de vie suppose donc d’agir sur ces privations liées entre elles, en tenant compte des disparités entre territoires et des risques qui menacent les progrès accomplis.

Un logement qui conditionne l’accès aux droits

Le logement ne se réduit pas à un toit. Sa sécurité, son coût, sa qualité et sa localisation influencent l’accès aux soins, à l’école, à l’emploi et aux services publics. Un habitat éloigné des transports ou exposé aux inondations peut fragiliser les revenus et la santé d’une famille, même lorsque celle-ci dispose d’un emploi. À l’inverse, des dépenses de logement trop lourdes réduisent les ressources disponibles pour l’alimentation, l’éducation et les soins.

À l’échelle mondiale, près de 2,8 milliards de personnes vivent sans accès à un logement adéquat, selon les Nations Unies. En 2024, environ 1,16 milliard de personnes vivaient dans des quartiers informels ou des bidonvilles, soit près d’un quart de la population urbaine mondiale. Ces situations s’accompagnent souvent d’un accès limité à l’eau, à l’assainissement, à l’espace habitable et à la sécurité foncière. Les deux chiffres décrivent des réalités qui se recoupent, mais ne mesurent pas exactement la même population. 

Les indicateurs multidimensionnels de pauvreté prennent en compte certaines privations liées à l’habitat, notamment la qualité des matériaux, l’accès à l’électricité, à l’eau potable et à l’assainissement. Cette approche montre pourquoi les réponses limitées à l’augmentation des revenus peuvent laisser subsister des obstacles majeurs : un ménage peut disposer de ressources monétaires tout en vivant dans un logement dangereux, surpeuplé ou dépourvu d’équipements de base. 

Des services essentiels dont l’absence entretient la pauvreté

L’accès à l’eau, à l’assainissement, à l’hygiène et à l’électricité soutient directement la santé, l’apprentissage et l’activité économique. Des progrès importants ont été enregistrés entre 2015 et 2024 : 961 millions de personnes supplémentaires ont obtenu un accès à l’eau potable gérée en toute sécurité, 1,2 milliard à des services d’assainissement sûrs et 1,6 milliard à des services d’hygiène de base. La couverture mondiale atteint désormais 74 % pour l’eau potable sûre, 58 % pour l’assainissement et 80 % pour l’hygiène de base. 

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Ces avancées restent toutefois très inégales. En 2024, les habitants des pays les moins avancés étaient deux à trois fois plus susceptibles de manquer de ces services que la moyenne mondiale. Les pays touchés par des conflits ou l’instabilité affichaient des niveaux d’accès inférieurs de 33 à 38 points à ceux des pays stables. L’absence de services fiables impose aussi des coûts cachés : temps consacré à la collecte de l’eau, journées de travail perdues, maladies évitables ou difficultés pour les enfants à étudier dans de bonnes conditions. 

L’accès à l’électricité illustre une autre avancée accompagnée d’un retard persistant. En 2024, le taux mondial d’accès était de 92 %, mais 655 millions de personnes restaient sans électricité. Une moyenne élevée à l’échelle mondiale peut donc coexister avec des déficits particulièrement concentrés dans certains pays et certaines communautés. Pour les ménages, le manque d’électricité limite l’éclairage, la conservation des aliments, l’accès aux outils numériques et les possibilités de développer une activité productive. 

Des progrès réels, mais des écarts territoriaux persistants

Les progrès en matière d’eau et d’assainissement ont aussi touché les zones rurales. Entre 2015 et 2024, l’accès à l’eau potable gérée en toute sécurité y est passé de 50 % à 60 %, et l’assainissement sûr de 36 % à 49 %. Ces améliorations montrent qu’une action publique soutenue peut réduire les privations dans des zones longtemps moins desservies. Elles ne suffisent cependant pas à effacer les écarts : en 2024, l’accès rural restait inférieur au niveau mondial pour ces deux services. 

Les conditions de logement présentent elles aussi des disparités importantes entre régions et au sein des pays. En milieu urbain, l’expansion des établissements informels met sous pression les réseaux d’eau, d’assainissement, de transport et de santé. Dans les espaces ruraux, l’éloignement des services et la faiblesse des infrastructures peuvent isoler les ménages des opportunités économiques et des dispositifs publics. Les moyennes nationales risquent ainsi de masquer des communautés où les privations s’accumulent.

La réponse ne peut pas consister uniquement à construire davantage de logements. Elle doit aussi porter sur l’accessibilité financière, la sécurité d’occupation, la qualité des matériaux et la proximité des services. Sans ces conditions, les nouvelles habitations peuvent rester hors de portée des ménages les plus modestes ou reproduire l’éloignement et les inégalités que les politiques cherchent à réduire.

Les crises climatiques menacent les acquis les plus fragiles.

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Les risques climatiques pèsent davantage sur les populations dont les logements et les moyens de subsistance sont déjà vulnérables. L’édition 2025 de l’Indice mondial de pauvreté multidimensionnelle estimait que, parmi 1,1 milliard de personnes en situation de pauvreté dans les pays couverts, 887 millions vivaient dans des régions exposées à au moins un aléa climatique étudié : chaleur extrême, sécheresse, inondations ou pollution de l’air. Parmi elles, 309 millions vivaient dans des zones exposées à trois ou quatre de ces risques. Ces estimations portent sur l’édition 2025 de l’indice et son périmètre statistique. 

Une inondation peut détruire un logement, interrompre la scolarité et supprimer les revenus d’une famille ; une sécheresse peut réduire les récoltes et aggraver la pénurie d’eau. Lorsque les ménages n’ont ni assurance, ni épargne, ni accès à la protection sociale, un choc ponctuel peut entraîner une perte durable de leurs actifs et les faire basculer dans une pauvreté plus profonde.

Construire la résilience suppose d’intégrer les risques dans l’aménagement et les investissements : logements adaptés aux conditions locales, réseaux d’eau mieux protégés, systèmes d’alerte, plans de prévention et dispositifs de soutien après les crises. Cela relie directement la lutte contre la pauvreté aux ODD 1, 6, 7, 11 et 13. Le rapport des Nations Unies sur les ODD 2026 relève que les gains réalisés dans l’accès à l’eau, à l’électricité et aux soins demeurent inégaux et fragilisés par les conflits, le changement climatique, l’endettement et le ralentissement économique. 

Relier les investissements aux conditions de vie des populations

Les données plaident pour des politiques qui coordonnent logement, services essentiels, protection sociale et adaptation climatique. Pour l’AMD, cette coordination doit partir des réalités des territoires et des besoins des populations : les investissements doivent améliorer concrètement la sécurité des logements, la continuité des services et la capacité des communautés à faire face aux chocs.

L’évaluation des progrès doit donc aller au-delà du nombre de logements construits ou de réseaux installés. Elle doit vérifier qui en bénéficie, si les services sont accessibles et abordables, si les inégalités entre zones rurales et urbaines diminuent et si les infrastructures résistent aux crises. C’est en reliant ces résultats au suivi des ODD et à la participation des communautés que les politiques peuvent contribuer à une réduction durable de la pauvreté.

Morgan CHOKI