Déclaration du Président exécutif de l’Association Mondiale pour le Développement à l’occasion de la Journée africaine de la jeunesse
Déclaration du Président exécutif de l’Association Mondiale pour le Développement à l’occasion de la Journée africaine de la jeunesse
De la promesse démographique au pouvoir réel d’agir
Vingt ans après l’adoption de la Charte africaine de la jeunesse, l’Afrique dispose d’un cadre continental qui a affirmé une ambition essentielle : reconnaître les jeunes non seulement comme bénéficiaires des politiques publiques, mais comme détenteurs de droits, acteurs du développement et participants à la construction de l’avenir du continent.
Cet anniversaire permet de mesurer le chemin parcouru. Les jeunes Africains occupent aujourd’hui une place croissante dans l’innovation, l’entrepreneuriat, la création culturelle, les technologies, l’engagement communautaire et la vie publique. Des politiques de jeunesse ont été adoptées, des programmes de formation et d’insertion ont été développés et de nouveaux espaces de participation ont émergé.
Mais vingt années constituent aussi un temps suffisamment long pour poser une question exigeante : les engagements pris envers la jeunesse se traduisent-ils partout par des possibilités suffisamment concrètes pour permettre aux jeunes de construire leur autonomie et de contribuer pleinement au développement de leurs sociétés ?
Cette interrogation est nécessaire parce qu’entre le potentiel reconnu et la possibilité de le réaliser subsistent encore de nombreux obstacles.
L’éducation et la formation demeurent au premier rang des enjeux. Accéder à l’école ou à une formation constitue un progrès fondamental, mais l’enjeu est désormais aussi celui de la qualité, de la pertinence des compétences acquises et de leur capacité à répondre aux transformations des économies. Les mutations technologiques, l’intelligence artificielle, la transition environnementale et l’évolution des métiers imposent des compétences nouvelles. Préparer les jeunes au monde qui change exige donc des systèmes capables d’anticiper davantage les compétences dont ils auront besoin.
Cette question conduit directement à celle de l’emploi.
Pour de nombreux jeunes, la transition entre la formation et l’autonomie économique reste incertaine. Le chômage, le sous-emploi, la précarité et l’importance des activités informelles limitent la capacité à construire un parcours stable. L’entrepreneuriat offre des possibilités importantes, mais il ne peut devenir une réponse automatique à l’insuffisance de l’emploi salarié. Entreprendre exige des compétences, un financement accessible, des marchés, des infrastructures, un environnement réglementaire adapté et un accompagnement capable de transformer une initiative en activité durable.
Une politique de jeunesse ne peut être considérée comme pleinement réussie parce qu’elle a formé des jeunes ; elle doit également s’interroger sur les possibilités qui leur sont réellement ouvertes après la formation.
Les inégalités territoriales renforcent encore cette exigence. Les possibilités ne sont pas réparties de manière uniforme entre les grandes villes, les villes secondaires, les zones rurales et les territoires enclavés. La proximité d’une université, d’un centre de formation, d’une connexion numérique de qualité, d’une institution financière ou d’un bassin d’emploi peut profondément influencer un parcours.
Le développement de la jeunesse doit donc également être pensé comme une question de développement territorial.
Un jeune ne devrait pas être contraint de considérer son lieu de naissance comme une limite permanente à ses possibilités. Les politiques publiques doivent pouvoir rapprocher les compétences, les infrastructures, les financements, les services numériques et les possibilités économiques des territoires où vivent les jeunes, au lieu de concentrer constamment les opportunités dans quelques centres urbains.
Cette réflexion doit intégrer les situations particulières des jeunes femmes, des personnes en situation de handicap et de tous ceux dont les conditions sociales ou territoriales réduisent davantage l’accès à l’éducation, au financement, à l’emploi ou à la participation. L’égalité de principe demeure insuffisante lorsque les obstacles rencontrés au départ ne sont pas les mêmes.
Les transformations contemporaines ajoutent de nouveaux défis.
Le numérique crée des métiers et facilite l’accès au savoir, mais peut également approfondir les écarts entre ceux qui disposent des équipements, de la connexion et des compétences nécessaires et ceux qui en sont privés. Les changements climatiques affectent l’agriculture, les emplois et les territoires dont dépendent de nombreux jeunes. Les migrations peuvent ouvrir des perspectives, mais elles peuvent également traduire l’absence d’alternatives locales lorsqu’elles deviennent la seule voie imaginée vers un avenir meilleur.
Les conflits et l’insécurité imposent, eux aussi, une responsabilité particulière.
Lorsque les possibilités d’éducation, d’emploi et de participation se ferment, les jeunes peuvent être davantage exposés à l’exclusion, au déplacement, aux violences et aux formes d’exploitation. À l’inverse, lorsqu’ils disposent de perspectives, d’espaces d’expression et d’un rôle réel dans leurs communautés, ils deviennent des acteurs essentiels de la prévention des conflits, de la paix et de la reconstruction.
Ces réalités montrent que les politiques de jeunesse ne peuvent plus être conçues comme un secteur isolé. Elles traversent l’éducation, l’économie, la gouvernance, la santé, le numérique, le développement rural, l’urbanisation, la paix et la protection sociale.
La participation constitue, dans cet ensemble, une exigence particulière.
Les jeunes sont de plus en plus présents dans les consultations, les forums et les instances de dialogue. Ce progrès doit être consolidé. Mais la participation ne peut être appréciée uniquement au nombre de jeunes invités autour d’une table. Elle prend sa véritable signification lorsqu’une proposition peut être entendue, discutée et influencer la décision.
Passer de la présence des jeunes à leur influence réelle constitue l’un des enjeux majeurs de la prochaine étape des politiques de jeunesse.
Cette exigence concerne également la manière dont les institutions rendent compte de leurs engagements.
Vingt ans après la Charte africaine de la jeunesse, les progrès doivent pouvoir être appréciés à partir de résultats concrets : combien de jeunes achèvent leur formation avec des compétences utilisables ? Combien accèdent à un emploi décent ou développent une activité viable ? Combien peuvent accéder au financement ? Les écarts territoriaux diminuent-ils ? Les jeunes participent-ils réellement à la définition des politiques qui les concernent ?
Mesurer ces résultats n’a pas pour objectif de réduire la jeunesse à des indicateurs. Il s’agit au contraire de vérifier que les engagements institutionnels produisent des changements perceptibles dans les trajectoires individuelles et collectives.
Pour l’Association Mondiale pour le Développement, la prochaine étape doit donc être celle du passage du potentiel aux possibilités réelles.
Cela exige de relier davantage l’éducation aux transformations économiques, de rapprocher les possibilités des territoires, de faciliter l’accès aux ressources nécessaires à l’entrepreneuriat et à l’emploi, de réduire les exclusions et d’ouvrir des espaces où la participation des jeunes produit une influence véritable.
Cela exige aussi de changer notre manière de parler de la jeunesse.
Qualifier constamment les jeunes d’« avenir » du continent peut involontairement repousser leur importance vers demain. Les jeunes travaillent, entreprennent, innovent, créent, dirigent et contribuent déjà aux sociétés dans lesquelles ils vivent. Leur place dans le développement doit donc être reconnue au présent.
La jeunesse africaine n’est pas seulement une promesse à préparer. Elle est une capacité de transformation à rendre pleinement possible aujourd’hui.
Cette responsabilité engage les États dans la qualité des politiques qu’ils conduisent, les systèmes éducatifs dans les compétences qu’ils transmettent, le secteur privé dans les possibilités qu’il crée, les institutions financières dans l’accès aux ressources, les partenaires au développement dans la pertinence de leurs interventions et les organisations de jeunesse dans leur capacité à représenter la diversité des réalités vécues.
Elle engage également les jeunes eux-mêmes. Les droits reconnus par la Charte s’accompagnent d’une responsabilité envers les communautés, la paix, l’intégrité, la participation civique et le développement du continent. Donner davantage de place à la jeunesse signifie donc également créer les conditions lui permettant d’assumer davantage de responsabilités.
En cette Journée africaine de la jeunesse et vingt ans après l’adoption de la Charte, l’Association Mondiale pour le Développement appelle à franchir une nouvelle étape : passer de la reconnaissance du potentiel démographique à la création systématique des conditions qui permettent aux jeunes d’apprendre, de travailler, d’entreprendre, de participer et de choisir leur avenir.
Le succès des politiques de jeunesse ne devrait plus se mesurer principalement à l’ampleur des promesses qui leur sont adressées, mais aux possibilités qu’elles ouvrent effectivement.
Une génération devient une force de développement lorsque ses compétences trouvent à s’exprimer, lorsque son initiative rencontre des possibilités, lorsque sa voix peut influencer les décisions et lorsqu’elle dispose des moyens de construire son avenir sans être condamnée à attendre que celui-ci lui soit offert.
Fait à l’occasion de la Journée africaine de la jeunesse
1er novembre 2026
Président exécutif
Hugues B. GNIMADI
Association Mondiale pour le Développement — AMD
Œuvrons pour le développement durable des peuples et des communautés