Nexus humanitaire-développement-paix : définition et exemples
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Nexus humanitaire-développement-paix : définition et exemples

Nexus humanitaire-développement-paix : définition et exemples

Lorsque les mêmes territoires connaissent année après année déplacements, insécurité alimentaire, destruction des services ou conflits, l’aide d’urgence reste indispensable mais ne peut suffire à réduire durablement les besoins. Le nexus humanitaire-développement-paix cherche précisément à mieux articuler réponse immédiate, capacités durables et prévention, sans confondre les responsabilités propres à chaque domaine.

 

Quand l’urgence se répète, la réponse doit aller plus loin

Le nexus humanitaire-développement-paix, ou HDP Nexus, repose sur un constat : dans les crises prolongées, les besoins humanitaires, les fragilités économiques et sociales et les facteurs de conflit peuvent se renforcer mutuellement.

En 2025, 2,1 milliards de personnes vivaient dans 61 contextes de fragilité élevée ou extrême, représentant 25 % de la population mondiale mais 72 % des personnes vivant dans l’extrême pauvreté.

Dans ces situations, intervenir uniquement après chaque choc risque de maintenir une succession de réponses sans réduire suffisamment ce qui recrée les besoins.

L’action humanitaire protège des vies et répond à l’urgence. Le développement renforce les services, les infrastructures, les institutions et les moyens d’existence. Les interventions liées à la paix cherchent notamment à prévenir les violences et à mieux gérer les tensions.

Le nexus ne demande pas de choisir entre ces approches. Il cherche à les rendre complémentaires autour d’une même vulnérabilité.

 

Le résultat collectif change la logique d’intervention

L’OCDE définit l’approche nexus comme le renforcement de la collaboration, de la cohérence et de la complémentarité entre les actions humanitaires, de développement et de paix afin de réduire la vulnérabilité, les besoins non satisfaits et certaines causes profondes des crises.

L’idée de résultat collectif est centrale.

Il ne s’agit pas simplement de juxtaposer trois programmes. Plusieurs acteurs, dans le respect de leurs mandats respectifs, cherchent plutôt à obtenir une amélioration mesurable commune.

Dans une zone régulièrement frappée par la sécheresse, le résultat recherché pourrait par exemple être de réduire le nombre de ménages qui basculent dans une situation alimentaire critique après chaque épisode climatique.

L’humanitaire peut répondre aux besoins immédiats. Les programmes de développement peuvent améliorer l’accès à l’eau, renforcer la protection sociale ou soutenir des activités plus résistantes. Les acteurs travaillant sur la paix peuvent aider à prévenir les tensions liées au partage des ressources.

La question devient alors moins « combien d’activités ont été réalisées ? » que « la population est-elle moins vulnérable au prochain choc ? »

 

Coordonner sans effacer les mandats

Cette articulation possède toutefois une limite fondamentale.

Les acteurs humanitaires doivent préserver les principes d’humanité, de neutralité, d’impartialité et d’indépendance. L’OCDE souligne explicitement que la mise en œuvre du nexus doit respecter les mandats différents et préserver un espace propre à l’action humanitaire.

Cette exigence est particulièrement importante dans les conflits. Une aide perçue comme liée à un objectif politique ou sécuritaire peut perdre la confiance de certaines populations et devenir plus difficile d’accès.

La dimension « paix » doit donc être utilisée avec précision. Elle ne signifie pas transformer chaque programme d’éducation, de santé ou d’eau en instrument politique. Elle consiste notamment à comprendre les tensions existantes et à éviter qu’une intervention ne les aggrave.

Un nouveau point d’eau, par exemple, peut réduire une pénurie tout en créant une nouvelle concurrence si son emplacement ou sa gestion favorise une communauté au détriment d’une autre.

Le nexus exige donc davantage de cohérence, mais pas l’effacement des responsabilités.

 

La Somalie montre pourquoi urgence et résilience doivent avancer ensemble

La Somalie constitue un exemple particulièrement parlant.

En 2026, environ 4,8 millions de personnes y sont estimées avoir besoin d’une assistance humanitaire dans un contexte marqué par la sécheresse, les conflits et les épidémies. Ce chiffre inférieur à celui de 2025 ne traduit pas nécessairement une amélioration générale, mais aussi un resserrement de la définition des besoins prioritaires.

Le plan humanitaire lui-même souligne la nécessité de traiter les causes profondes par des approches nexus mieux alignées sur les priorités nationales.

Les Nations Unies ont ainsi organisé en Somalie des travaux conjoints autour de trois domaines : gestion de l’eau face aux sécheresses et inondations, solutions durables pour les populations déplacées et lutte contre la corruption.

L’intérêt de cet exemple est clair : fournir de l’eau pendant une sécheresse reste indispensable, mais renforcer durablement les systèmes d’approvisionnement peut réduire la gravité de la prochaine crise. Aider une famille déplacée à survivre répond à l’urgence ; lui permettre ensuite d’accéder à des services, à un revenu et à une solution durable réduit sa dépendance à l’assistance répétée.

Le nexus prend donc son sens lorsqu’il permet de passer progressivement de la gestion des conséquences à la réduction de la vulnérabilité.

 

Financement et acteurs locaux restent déterminants

Cette ambition se heurte souvent aux modalités de financement.

L’humanitaire fonctionne fréquemment sur des horizons courts. Le développement travaille davantage sur plusieurs années. Les interventions liées à la paix disposent encore d’autres procédures. Une crise prolongée, elle, ne suit aucun de ces calendriers.

Le nexus suppose donc davantage de financements flexibles et pluriannuels, mais aussi une implication plus forte des institutions nationales, des collectivités et des organisations locales.

Ces acteurs connaissent souvent les tensions, les usages du territoire et les vulnérabilités bien avant l’arrivée des partenaires extérieurs. Leur participation peut rendre les interventions plus pertinentes et renforcer leur continuité.

L’objectif n’est toutefois pas de leur transférer davantage de responsabilités sans moyens, mais de renforcer progressivement leur capacité à anticiper et absorber les futurs chocs.

 

Réduire la répétition des crises plutôt que multiplier les réponses

Pour l’AMD, la réussite du nexus ne devrait pas se mesurer au nombre d’organisations réunies ou de programmes coordonnés. Elle devrait se lire dans une évolution plus concrète : les besoins humanitaires récurrents diminuent-ils ? les services résistent-ils mieux ? les moyens d’existence se rétablissent-ils durablement ? les institutions et communautés sont-elles mieux préparées au prochain choc ?

L’aide d’urgence doit rester disponible aussi longtemps que des vies sont menacées. Mais le développement durable exige parallèlement de réduire les mécanismes qui rendent cette aide continuellement nécessaire. Le nexus trouve ainsi sa véritable portée lorsqu’il relie urgence, autonomie et prévention, afin qu’un nouveau choc ne ramène pas systématiquement les mêmes populations au même niveau de vulnérabilité.

 

Morgan CHOKI