Pacte pour l’avenir : ce que les États ont adopté à l’ONU
Adopté le 22 septembre 2024, le Pacte pour l’avenir rassemble 56 actions destinées à renforcer la coopération internationale face aux défis du développement, du financement, du numérique, de la jeunesse et des générations futures. Pour l’Association Mondiale pour le Développement (AMD), sa portée dépendra surtout de la capacité des États et des institutions internationales à transformer ces engagements en résultats concrets pour les populations.
Un Pacte destiné à remettre en cohérence des engagements dispersés
Le Pacte pour l’avenir a été adopté lors du Sommet de l’avenir organisé aux Nations Unies en septembre 2024. Il regroupe 56 actions couvrant cinq domaines : développement durable et financement du développement ; paix et sécurité internationales ; science, technologie, innovation et coopération numérique ; jeunesse et générations futures ; transformation de la gouvernance mondiale. Deux annexes lui sont directement associées : le Pacte numérique mondial et la Déclaration sur les générations futures.
Sa particularité réside moins dans l’apparition de nouveaux sujets que dans leur rapprochement. Depuis plusieurs années, les crises économiques, climatiques, sanitaires et sécuritaires montrent en effet qu’une politique de développement peut difficilement être isolée de son environnement international. Une dette trop élevée limite les investissements sociaux ; un conflit détruit des acquis éducatifs ou sanitaires ; une fracture numérique réduit l’accès aux opportunités économiques ; une décision environnementale prise aujourd’hui peut produire des effets pendant plusieurs décennies.
Le Pacte tente ainsi de traiter ensemble des problématiques longtemps réparties entre différents processus internationaux. Il réaffirme l’Agenda 2030, le droit international et les engagements existants, mais reconnaît que leur mise en œuvre suppose désormais des institutions, des financements et des formes de coopération capables de répondre à des réalités nouvelles.
C’est dans cette articulation que se situe son principal intérêt. Le texte ne propose pas un nouvel horizon destiné à succéder prématurément aux Objectifs de développement durable ; il cherche à renforcer les conditions politiques et institutionnelles permettant d’éviter que les ambitions déjà adoptées ne restent déconnectées des capacités réelles de mise en œuvre.
Le développement durable replacé dans ses conditions de réalisation
Le Pacte accorde une place centrale au développement durable et à son financement. Cette orientation part d’un constat simple : les objectifs internationaux peuvent être clairement définis, mais leur réalisation dépend des moyens dont disposent les États pour investir dans l’éducation, la santé, la protection sociale, les infrastructures, l’énergie ou encore la résilience climatique.
Les écarts entre pays ne tiennent donc pas uniquement à la volonté politique. Ils résultent aussi de conditions financières très différentes. Certains États peuvent emprunter à des coûts relativement faibles et mobiliser rapidement des capitaux ; d’autres sont confrontés à un endettement élevé, à des marges budgétaires étroites ou à un accès plus coûteux aux financements internationaux.
Le Pacte inscrit cette question dans une réflexion plus large sur l’architecture financière internationale. Il réaffirme la nécessité d’améliorer l’accès des pays en développement aux ressources, de mieux prendre en compte leurs besoins dans les institutions économiques internationales et de progresser sur les questions de dette et de financement du développement.
La portée stratégique de cette approche est importante. Elle revient à reconnaître que le retard dans la réalisation des objectifs mondiaux ne peut être analysé uniquement à travers les politiques nationales. Les conditions financières internationales influencent directement la capacité d’un gouvernement à investir dans son capital humain, à maintenir ses services essentiels ou à absorber un choc économique ou climatique.
Le Pacte rapproche ainsi deux niveaux souvent traités séparément : les ambitions de développement et les conditions systémiques nécessaires à leur réalisation. C’est probablement l’une de ses contributions les plus significatives pour les pays dont les besoins sociaux restent élevés alors que leurs capacités financières demeurent contraintes.
Le numérique et l’intelligence artificielle deviennent des enjeux de développement
Le Pacte numérique mondial marque une autre évolution importante. Il ne traite plus les technologies comme un secteur isolé de la politique de développement. L’accès à Internet, aux données, aux infrastructures numériques et aux capacités liées à l’intelligence artificielle est désormais directement associé aux possibilités économiques, éducatives et sociales offertes aux populations.
Le texte engage notamment les États à réduire les fractures numériques, à améliorer la connectivité, à renforcer les infrastructures publiques numériques et à favoriser un environnement technologique plus inclusif et plus sûr. Il reconnaît explicitement que les pays en développement disposent souvent de besoins importants alors même que leurs ressources technologiques et financières restent plus limitées.
Cette orientation modifie progressivement la définition même des inégalités de développement. Une population privée d’accès stable au numérique peut aujourd’hui se trouver éloignée non seulement de l’information, mais également de services administratifs, d'opportunités éducatives, de marchés, de financements ou d’outils de production.
L’intelligence artificielle accentue encore cette problématique. L’enjeu n’est pas seulement de réglementer les risques associés à ces technologies ; il est aussi d’éviter qu’une nouvelle concentration des données, des infrastructures et des capacités scientifiques ne renforce les écarts existants entre États.
La coopération numérique prend donc une dimension directement stratégique : permettre aux pays de participer à la transformation technologique plutôt que de la subir. Le Pacte cherche ainsi à faire de l’accès aux technologies, du renforcement des capacités et de la gouvernance numérique des composantes à part entière du développement durable.
Les politiques publiques confrontées à la responsabilité du temps long
La place accordée à la jeunesse et aux générations futures constitue l’une des dimensions les plus originales du Pacte. Le texte distingue les jeunes vivant aujourd’hui des générations futures, c’est-à-dire celles qui hériteront des conséquences de décisions auxquelles elles ne peuvent encore participer.
Cette distinction déplace le débat. La question n’est plus seulement de savoir comment associer davantage les jeunes aux institutions, mais aussi comment intégrer dans la décision publique les effets que les choix présents peuvent produire dans dix, vingt ou cinquante ans.
La Déclaration sur les générations futures, annexée au Pacte, inscrit ainsi la solidarité intergénérationnelle, la justice et l’équité parmi ses principes directeurs. Elle appelle à renforcer la prospective, l’utilisation des données et la capacité des institutions à anticiper les conséquences de leurs décisions.
Cette logique s’applique directement aux grandes politiques de développement. La qualité d’un système éducatif influence plusieurs générations ; une dette importante peut réduire durablement les capacités d’investissement public ; des infrastructures mal conçues peuvent créer des coûts futurs ; la surexploitation des ressources naturelles peut réduire les possibilités économiques des populations qui suivront.
Introduire le temps long dans les politiques publiques revient donc à élargir les critères d’évaluation du développement. Une décision ne devrait pas seulement être jugée sur ses résultats immédiats, mais aussi sur sa capacité à préserver ou à accroître les possibilités dont disposeront les générations suivantes.
Du texte adopté à la preuve par les résultats
Le Pacte pour l’avenir possède une architecture ambitieuse, mais son adoption ne constitue que la première étape. Les Nations Unies elles-mêmes placent désormais la mise en œuvre au centre du processus et prévoient plusieurs rendez-vous pour en mesurer les avancées. Un examen de haut niveau du Pacte numérique mondial est programmé en 2027 ; en 2028, une réunion de haut niveau portera sur les générations futures, tandis que les chefs d’État et de gouvernement doivent procéder à un examen global du Pacte.
Cette phase sera déterminante parce que les engagements ne relèvent pas tous des mêmes responsabilités. Certains nécessitent des décisions supplémentaires au niveau international ; d’autres dépendent de leur intégration dans les politiques nationales, de financements adéquats ou de la capacité des organisations internationales à coordonner leur mise en œuvre.
Le véritable risque serait donc que la densité du Pacte devienne aussi sa faiblesse. Plus les engagements sont nombreux et couvrent des domaines différents, plus leur suivi exige des responsabilités clairement identifiées, des indicateurs pertinents et des moyens correspondants.
À l’inverse, le Pacte peut devenir un instrument utile s’il permet de relier davantage des processus qui fonctionnaient auparavant de manière parallèle. Financement du développement, technologies, participation de la jeunesse, prospective et gouvernance internationale ne sont pas des enjeux indépendants : ils déterminent ensemble la capacité des pays à anticiper, investir et protéger les progrès obtenus.
Le Pacte devra donc être jugé moins sur son ambition déclarée que sur la réduction de l’écart entre engagement international et capacité d’action. C’est à cette condition qu’il pourra dépasser le statut de document diplomatique pour devenir un véritable cadre de transformation.
Le Pacte pour l’avenir dans la vision du développement portée par l’AMD
Dans la lecture portée par l’AMD, le Pacte présente un intérêt majeur lorsqu’il rapproche les ambitions internationales des moyens nécessaires à leur réalisation. Le financement, les technologies, la participation de la jeunesse, la qualité des institutions et la responsabilité envers les générations futures constituent autant de conditions qui déterminent la capacité des sociétés à améliorer durablement les conditions de vie et à préserver leurs acquis face aux crises.
La valeur du Pacte se mesurera donc dans sa traduction : davantage de capacités pour les États, des investissements mieux orientés, des technologies plus accessibles, des décisions publiques capables d’intégrer le long terme et des institutions internationales plus attentives aux réalités des pays et des populations. Pour l’AMD, c’est cette transformation des engagements en possibilités concrètes de développement qui donnera au Pacte pour l’avenir sa véritable portée.
Morgan CHOKI