coût d’une alimentation saine
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Manger sainement coûte-t-il trop cher ? Les inégalités face à une alimentation nutritive

Le prix d’une alimentation équilibrée dépend des aliments disponibles, des circuits qui les acheminent et des revenus des ménages. Dans de nombreux pays, les produits les plus riches en nutriments restent les plus difficiles à acheter régulièrement.

La sécurité alimentaire ne se mesure pas seulement à la quantité de nourriture produite ou vendue. Elle dépend aussi de la possibilité, pour chaque ménage, d’accéder à une alimentation variée et adaptée à ses besoins sans sacrifier d’autres dépenses essentielles. Le coût d’un régime sain révèle ainsi les limites des politiques qui privilégient les calories disponibles sans examiner leur qualité nutritionnelle ni le pouvoir d’achat des populations.

Le coût d’une alimentation saine reste hors de portée pour beaucoup

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coût d’une alimentation saine

Selon le rapport 2026 sur l’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde, près d’une personne sur trois ne pouvait pas se permettre une alimentation saine en 2025. Le coût moyen mondial s’élevait alors à 4,28 dollars en parité de pouvoir d’achat par personne et par jour. Cette moyenne masque des écarts importants entre pays et régions : en 2025, l’Afrique affichait le taux le plus élevé de personnes ne pouvant se permettre une telle alimentation, avec 66,6 %, contre 28,9 % en Asie et 25,7 % en Amérique latine et dans les Caraïbes. 

Ces estimations ne correspondent pas à une facture identique pour chaque famille. La FAO calcule le coût minimal d’aliments disponibles localement qui, assemblés selon des recommandations alimentaires, permettent de composer un régime répondant aux besoins énergétiques et à une grande partie des besoins nutritionnels. L’indicateur d’accessibilité tient aussi compte des revenus. Il permet de comparer les situations, mais ne dit pas précisément ce que chaque ménage achète ni si les aliments sont disponibles dans son quartier, son village ou à la saison concernée. 

Le prix se construit bien au-delà du champ

La cherté des aliments nutritifs n’est pas seulement déterminée par les coûts de production agricole. La FAO estime que les activités après la sortie de la ferme — transformation, transport, logistique et commerce de gros — représentent environ 70 à 75 % de ce que les consommateurs paient pour les aliments. Les fruits et légumes, qui se détériorent plus rapidement, sont particulièrement sensibles aux routes dégradées, au manque de stockage réfrigéré, aux coûts de l’énergie et aux pertes pendant le transport. 

La composition des prix contribue aussi à l’écart entre un régime rassasiant et un régime équilibré. Les aliments d’origine animale, les fruits et les légumes représentent près de 70 % du coût d’une alimentation saine, tandis que les féculents fournissent environ la moitié des calories pour une part bien plus faible du coût. Un régime fondé principalement sur les aliments de base peut donc apporter de l’énergie sans offrir toute la diversité requise. Dans les zones éloignées des marchés, l’écart se creuse : les produits périssables peuvent coûter plus de deux fois plus cher que dans les grandes villes. 

Les inégalités de revenus et de territoire pèsent sur les choix

Un même prix n’a pas le même effet sur tous les ménages. Lorsque les revenus sont faibles ou irréguliers, l’alimentation entre en concurrence avec le loyer, le transport, les soins et les frais scolaires. La hausse des prix ou la perte d’un revenu peut ainsi réduire la diversité des repas, même lorsque des denrées sont présentes sur les marchés. Les ménages ruraux peuvent subir un double désavantage : des revenus instables, liés notamment aux saisons agricoles, et des coûts de transport qui renchérissent les aliments nutritifs.

Les données sur les régimes alimentaires montrent que l’enjeu ne se limite pas aux achats des adultes. En 2025, seuls 30,8 % des enfants âgés de 6 à 23 mois consommaient un régime répondant au seuil minimal de diversité alimentaire utilisé par les indicateurs internationaux. Chez les femmes de 15 à 49 ans, 62,7 % atteignaient ce seuil. Ces chiffres ne mesurent pas directement l’effet du prix sur chaque personne, mais ils montrent que la diversité alimentaire reste insuffisante pour une partie importante des groupes ayant des besoins nutritionnels spécifiques. 

Baisser les prix ne suffit pas à améliorer les régimes

Rendre les aliments plus abordables peut lever un obstacle majeur, mais ne garantit pas à lui seul une meilleure nutrition. Les habitudes, les préférences, le temps disponible pour préparer les repas, l’information, l’accès à l’eau potable et la sécurité sanitaire des aliments influencent également les choix et les possibilités de consommation. Une intervention sur les prix doit donc s’articuler avec des mesures de santé publique et des politiques qui facilitent l’accès à des aliments variés et sûrs.

La manière dont les aides publiques sont conçues compte aussi. Soutenir uniquement les aliments de base peut réduire le prix des calories, sans rendre plus accessibles les fruits, les légumes et d’autres aliments plus coûteux qui contribuent à l’équilibre du régime. La FAO observe même que certaines subventions concentrées sur les produits de base peuvent accroître, relativement, le coût d’une alimentation saine si elles orientent la production et les soutiens vers les calories plutôt que vers la diversité nutritionnelle. Les effets varient selon les marchés et doivent être évalués dans chaque contexte. 

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Réduire le coût suppose d’agir sur toute la chaîne alimentaire

La réponse exige des investissements qui réduisent les coûts là où ils s’accumulent. Des routes rurales praticables, des équipements de stockage et de réfrigération, une énergie fiable et des marchés de gros mieux organisés peuvent limiter les pertes et faciliter l’acheminement des denrées périssables. La recherche agricole, l’irrigation et l’appui aux producteurs peuvent aussi contribuer à diversifier l’offre, à condition que les agriculteurs disposent de financements, d’intrants et de débouchés suffisamment stables.

Ces transformations doivent protéger les personnes les plus exposées pendant leur mise en œuvre. Des transferts sociaux ciblés, des programmes de repas scolaires ou des aides alimentaires peuvent soutenir le pouvoir d’achat des ménages vulnérables. Mais leur conception doit être cohérente avec les investissements agricoles et les politiques commerciales, afin que l’aide ne soit pas annulée par la rareté de l’offre ou par la hausse des prix locaux. La collecte de prix à l’échelle infranationale est également nécessaire : les moyennes nationales peuvent dissimuler des écarts entre saisons, villes et zones rurales.

Le coût d’une alimentation saine est donc un indicateur de la façon dont un système alimentaire relie producteurs et consommateurs. Agir sur ce coût suppose de rapprocher les aliments nutritifs des marchés, de réduire les pertes et de préserver le pouvoir d’achat, tout en tenant compte des besoins nutritionnels et des réalités locales. Sans cette approche d’ensemble, l’amélioration des revenus ou la hausse de la production ne se traduiront pas nécessairement par des repas plus diversifiés.

 

Morgan CHOKI