Couverture Journée internationale des femmes rurales
Actions qui comptent

Déclaration du président exécutif de l'Association Mondiale pour le Développement à l'occasion de la Journée internationale des femmes rurales

Faire de l’autonomie des femmes rurales une force de développement

Les femmes rurales participent chaque jour à la vitalité économique, sociale et humaine des territoires. Elles produisent, transforment, commercialisent, entreprennent, prennent soin des familles, transmettent des connaissances et contribuent à préserver les ressources dont dépendent les communautés.

Leur rôle dépasse largement le seul domaine agricole. Il touche à la sécurité alimentaire, à l’économie locale, à l’éducation des enfants, à la santé des familles, à la cohésion communautaire et à la capacité des territoires à résister aux crises.

Cette contribution considérable appelle une exigence simple : les femmes rurales doivent pouvoir disposer des droits, des ressources et des possibilités correspondant à la place qu’elles occupent déjà dans le développement.

La Journée internationale des femmes rurales nous invite ainsi à dépasser la seule reconnaissance de leur apport pour examiner les conditions dans lesquelles cet apport peut réellement se transformer en autonomie, en revenus, en participation aux décisions et en amélioration durable des conditions de vie.

Reconnaître la contribution des femmes rurales sans renforcer leur pouvoir d’agir laisse inachevée une part essentielle du développement.

Dans de nombreux contextes, les femmes participent activement à la production tout en disposant d’un accès plus limité à la terre, au financement, aux équipements, aux technologies, à la formation ou aux marchés.

Certaines cultivent sans disposer d’une sécurité suffisante sur les terres qu’elles exploitent. D’autres développent des activités économiques sans pouvoir accéder facilement au crédit ou aux dispositifs d’accompagnement. Beaucoup doivent encore parcourir de longues distances pour accéder à des services essentiels, transporter leurs produits ou rejoindre des marchés.

Ces contraintes ne sont pas isolées les unes des autres.

L’absence d’infrastructures peut réduire l’accès aux débouchés. Le manque de financement peut empêcher l’acquisition d’équipements. Une faible sécurisation foncière peut limiter l’investissement. L’insuffisance des services de proximité peut accroître le temps consacré aux tâches quotidiennes et réduire celui disponible pour la formation, l’activité économique ou la participation communautaire.

À ces difficultés s’ajoute le poids du travail domestique et familial non rémunéré, souvent assumé de manière disproportionnée par les femmes.

Cette responsabilité soutient directement la vie des ménages et des communautés, mais elle demeure largement invisible dans les évaluations économiques. Elle peut pourtant limiter l’accès des femmes à l’éducation, à la formation, au revenu ou aux espaces de décision.

Une politique de développement rural ne peut ignorer cette réalité.

Elle doit considérer non seulement ce que les femmes produisent, mais aussi les conditions dans lesquelles elles produisent, se déplacent, accèdent aux services, assument leurs responsabilités familiales et développent leurs projets.

Les transformations environnementales renforcent encore cette exigence.

Les changements climatiques, la dégradation des sols, les tensions sur l’eau, l’évolution des saisons et la multiplication des phénomènes extrêmes affectent directement les économies rurales. Lorsque les ressources deviennent plus rares ou que les rendements diminuent, les conséquences se répercutent sur les revenus, l’alimentation et la stabilité des ménages.

Les femmes rurales sont souvent en première ligne face à ces effets.

Leurs connaissances des cultures, des ressources locales, de l’organisation communautaire et des stratégies d’adaptation constituent un capital précieux. Mais cette expérience ne peut produire tout son potentiel si celles qui la détiennent restent insuffisamment associées aux choix concernant l’agriculture, l’environnement, les investissements ou l’aménagement du territoire.

La résilience d’un territoire dépend aussi de la place qu’il donne à celles qui connaissent quotidiennement ses ressources, ses contraintes et ses besoins.

Cette participation doit aller au-delà de la consultation.

Les femmes rurales doivent pouvoir contribuer à la définition des politiques qui affectent directement leur travail, leurs revenus, leur environnement et leurs familles. Leur présence dans les organisations professionnelles, les structures communautaires, les coopératives et les espaces de gouvernance locale doit permettre une influence réelle sur les décisions.

Cette capacité est particulièrement importante lorsque les politiques publiques cherchent à moderniser les systèmes agricoles, développer les infrastructures, étendre les services numériques ou transformer les chaînes de valeur.

La transformation technologique ouvre, à cet égard, de nouvelles possibilités.

Les outils numériques peuvent faciliter l’accès à l’information, aux marchés, aux services financiers, aux formations et aux données utiles à la production. Ils peuvent réduire certaines distances et ouvrir de nouveaux débouchés.

Mais leur potentiel dépend de conditions concrètes : couverture numérique, coût des équipements, compétences, accès à l’énergie, alphabétisation et confiance dans les outils utilisés.

Une innovation inaccessible ne réduit pas les inégalités ; elle peut les renforcer.

Le développement numérique des territoires ruraux doit donc être conçu de manière à inclure les femmes dès son déploiement, plutôt qu’à leur demander de rattraper plus tard des transformations auxquelles elles n’auront pas été suffisamment associées.

La même exigence vaut pour les chaînes de valeur.

Les femmes rurales ne doivent pas être cantonnées aux étapes les moins rémunératrices de la production. Elles doivent pouvoir accéder davantage à la transformation, à la commercialisation, à la gestion, à l’entrepreneuriat et aux activités qui permettent de conserver une plus grande part de la valeur créée sur les territoires.

Cette évolution suppose des financements adaptés, des formations accessibles, des infrastructures de stockage et de transformation, des marchés mieux organisés et des politiques favorisant réellement les initiatives économiques féminines.

Elle suppose également une meilleure protection sociale.

La maladie, un accident, une mauvaise récolte ou une crise familiale peuvent faire basculer rapidement un ménage rural dans la vulnérabilité. Lorsque les mécanismes de protection sont faibles ou difficiles d’accès, les femmes peuvent être contraintes de réduire leur activité, vendre des ressources productives ou renoncer à certains besoins essentiels.

Développer les économies rurales exige donc aussi de renforcer leur capacité à absorber les chocs sans perdre les progrès déjà accomplis.

Pour l’Association Mondiale pour le Développement, les droits des femmes rurales, leur autonomie économique et leur participation ne constituent pas des objectifs séparés du développement.

Ils en sont des conditions.

Une femme qui sécurise son activité peut investir davantage. Celle qui accède à une formation peut améliorer sa production ou développer une nouvelle activité. Celle qui bénéficie d’un revenu plus stable peut renforcer les possibilités offertes à son ménage. Celle qui participe aux décisions peut contribuer à orienter les politiques vers des besoins effectivement vécus.

Lorsque les capacités des femmes rurales progressent, ce sont les capacités de développement des territoires qui progressent avec elles.

Cette dynamique appelle une responsabilité partagée.

Aux pouvoirs publics revient la nécessité d’assurer des droits effectifs, de développer les infrastructures et de rendre les services accessibles au-delà des grands centres urbains.

Aux institutions financières revient la responsabilité d’adapter davantage leurs instruments aux réalités des activités rurales et aux besoins des femmes entrepreneures.

Aux acteurs économiques revient l’obligation de construire des relations plus équitables dans les chaînes de valeur et de favoriser l’accès des productrices aux marchés.

Aux partenaires du développement revient enfin la nécessité de soutenir des solutions qui renforcent durablement les capacités locales au lieu de multiplier les interventions ponctuelles sans continuité.

L’Association Mondiale pour le Développement considère que l’autonomisation des femmes rurales doit être mesurée à partir de résultats concrets : davantage de sécurité dans l’accès aux ressources, davantage de possibilités économiques, davantage de services accessibles, davantage de voix dans les décisions et davantage de capacité à choisir son propre parcours.

L’enjeu n’est pas de faire des femmes rurales les bénéficiaires permanentes de politiques conçues ailleurs.

Il est de leur donner les moyens de devenir pleinement actrices des transformations qui concernent leurs territoires.

La lutte contre la pauvreté, la sécurité alimentaire, l’adaptation climatique, l’emploi, l’éducation et le développement des économies locales dépendent en partie de notre capacité collective à lever les obstacles qui limitent encore cette participation.

La Journée internationale des femmes rurales nous rappelle ainsi qu’aucun territoire ne peut construire durablement son avenir en laissant une partie essentielle de ses forces productives, sociales et humaines en marge des ressources et des décisions.

Faire progresser les femmes rurales, ce n’est pas accompagner un groupe à la périphérie du développement. C’est renforcer l’un des moteurs qui permettent aux territoires de produire, de résister aux crises et de bâtir leur propre avenir.

Journée internationale des femmes rurales
15 octobre 2026

Président exécutif

Hugues B. GNIMADI

Association Mondiale pour le Développement — AMD
Œuvrons pour le développement durable des peuples et des communautés